Lundi 26 mars 2012
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22:23
Celui qui prendra le temps de se perdre un peu sur ce territoire postindustriel qu'est l'Affinerie ne manquera pas de tomber tôt ou tard sur cette pancarte amputée de moitié... chaque fois que je
la croise, je ne peux m'empêcher d'imaginer quel en était le message initial... je ne peux non plus m'empêcher d'imaginer le message subliminal dont elle semble être porteuse aujourd'hui...
Ce pourrait être "Buvez des canettes"... une injonction à laquelle se prêtent volontiers les Buveurs de Bière, l'une des principales populations qui occupent ce site, sans doute la plus
nombreuse, comparée à celle des artistes, paintballers ou autres archéologues postindustriels... une population de Buveurs de Bière qui ne se lasse pas de laisser d'innombrables traces de son
passage en ces lieux... Mais ce pourrait tout aussi bien être "Ecoutez nos sornettes"... des sornettes du genre "au moins, ces sites ont créé de la richesse", "en fait, ce n'est pas si pollué
que ça", "le cadmium n'est pas si mauvais qu'on le dit pour la santé", "le maire va tout faire dépolluer et y créer une zone d'activités"...
A moins que ce ne soit "Tirez les sonnettes"... les sonnettes d'alarme, s'entend... car c'est ce que sont, au fond, des sites comme celui-ci... ils sont là pour nous faire prendre
conscience qu'il y a quelque chose qui cloche, nous faire prendre conscience de nos erreurs passées, nous permettre de les corriger, nous inviter à expérimenter d'autres trajectoires...
Mais finalement, à bien y réfléchir... il me semble que le message subliminal que nous nous efforçons de trouver... est celui qui devait s'y trouver réellement inscrit du temps où l'Affinerie
était en activité... "Portez des lunettes"... tout simplement... à la simple différence que jamais cette consigne n'a probablement été autant d'actualité, à la simple différence aussi qu'elle
s'adresse désormais à chacun d'entre nous... il nous faut éclaircir notre vue, voir au-delà des apparences et de ce qu'on veut bien nous montrer ou nous dire, il nous faut retrouver notre bon
sens... et ne plus être ce troupeau aveugle qu'on nous fait devenir...
J'en arrive à croire très sincèrement que rien n'est au hasard en ce Royaume... et qu'un tas de signes nous parlent...
Par itshould
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Mercredi 14 mars 2012
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22:48
Souvent je me pose la question de savoir d'où vient l'intérêt que je
porte à ces espaces postindustriels. Je crois qu'il me vient de mon enfance... J'habitais alors dans la grande périphérie parisienne, vouée tout au long des années 70 puis 80 à une urbanisation
et à un développement économique soutenus... zones pavillonaires et zones d'activités fleurissaient ici et là, dévorant champs et espaces naturels... Ma bande de copains et moi avions pris
l'habitude de rejoindre à vélo, chaque mercredi, chaque soir après l'école, l'une de ces immenses zones industrielles en devenir, où s'affrontaient alors "Nature" et "Economie"... Les terrains
vagues qui encerclaient usines et entrepôts étaient les notres, devenant notre deuxième maison... nous y construisions d'improbables cabanes, nous y stockions, prêts à tenir un siège, des
réserves d'eau et des fruits sauvages, nous y faisions des feux de camps, nous y endossions des tenues d'indiens improvisées avant de nous livrer des combats imaginaires... Mais la zone
industrielle gagnait du terrain et les pelleteuses avaient vite fait de mettre à bas nos insignifiantes fortifications de planches et de mottes de terre... nous vivions une défaite... et nous
ressentions ce qu'avaient peut-être ressentis, à un tout autre degré, les Indiens à l'arrivée des Colons européens sur leurs territoires... un sentiment de spoliation et d'incompréhension face à
des forces insensibles à l'ordre fragile et aux vies qui règnaient ici... Les bouts de paysages de Postindustry que je livre à votre vue me renvoient à cette époque... l'Industrie, hier
victorieuse de ces landes d'herbes folles, connaît aujourd'hui elle-même la Défaite... et je suis le témoin de cette amère reconquête des terrains vagues... une amère Vengeance dont le
Vainqueur sort tout autant déglingué que le Perdant...
Par itshould
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Vendredi 2 mars 2012
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23:59
Les ferrailleurs sont de retour... pour peu qu'ils aient jamais
quitté les lieux... Mais l'enkystement de la crise, et le maintien des prix des métaux à des niveaux élevés, du fait d'une demande mondiale soutenue par les "Emergés", les rend plus actifs que
jamais... Les vols de métaux se multiplent ici et là, particulièrement sur des territoires comme ceux de l'Affinerie ou de la Décharge où les vestiges industriels constituent autant de réserves
sur pied... La Préfecture du département a décidé de durcir le ton...
Mais tout cela ne gêne pas... ou peu... les ferrailleurs... en qui les Contrôleurs de l'Etat voient finalement des alliés "secrets" bien utiles... qui contribuent activement, et surtout
gratuitement, au démantelement de ces verrues postindustrielles...
En avance sur leur temps, les ferrailleurs appliquent d'ores et déjà les possibilités qu'offre le landfill mining, les décharges et autres anciens sites industriels oubliés constituant leur
gisement, leur mine à ciel ouvert de matières premières...
La nuit, le Royaume de Postindustry devient le leur... Tandis que les artistes, les paintballers, les archéologues postindustriels et autres buveurs de bière dorment tranquillement, entrent alors
en scène les ferrailleurs... ranimant la vie sur cette étrange planète. Au milieu de la nuit, le site se transforme en un petit luna park éclairé des lueurs bleues des chalumeaux et illuminé de
gerbes d'étincelles... Après avoir fait péter les cadenas, les verrous, ça tranche, ça découpe... le métal est porté au rouge... des véhicules vont jusqu'à investir l'Affinerie, ou ce qu'il en
reste désormais, dépecée qu'elle est de toutes parts, pour y charger les morceaux de métal qui viennent d'être arrachés sur la Bête.... C'est une autre forme de dissémination qui s'ajoute à
celles, impitoyables elles aussi, du vent, de l'eau et du froid...
Par itshould
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Mercredi 22 février 2012
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Je me souviens avoir été surpris, lorsque arpentant pour la
première fois les champs en contrebas de la colline abritant la "Grande Soeur", je suis tombé sur ces tubes de métal fichés dans le sol... ici et là, ces mêmes tubes... leur partie supérieure
obturée d'un couvercle maintenu par un solide cadenas... Ce n'est que plus tard que j'ai appris qu'il s'agissait de piézomètres... "l'accessoire indispensable à tout bon site pollué" qui permet,
par des prélèvements réguliers, de mesurer le degré, l'évolution de la pollution dans le sous-sol... Sortes de périscopes inversés, ces drôles de tubes permettent, non pas à ceux qui seraient
dessous de voir ce qui se passe au-dessus, mais à ceux qui sont au-dessus de voir ce qui se passe... en-dessous. La Décharge est paraît-il, placée sous étroite surveillance... et les piézomètres
sont l'une des "vigies"... C'est qu'un pompage d'eau potable, non loin de là, alimente les habitants de bon nombre de villages alentour...
En revanche, l'Affinerie, pendant longtemps, n'a pas eu de piézomètres... ce qui pouvait laisser penser que finalement le site n'était peut-être pas si pollué... Mais je crois me souvenir que
c'était un jour de 2009, après le grand dépeçage des pieuvres métalliques de l'Affinerie, des parcelles du site ont été retournées et des piézomètres y ont été plantés... laissant supposer que
les lieux, après de longues années d'abandon, méritaient d'être surveillés...
Quels sont les secrets que confient ces piézomètres à leurs Maîtres, les Contrôleurs de l'Etat, les "Seuls Habilités" à en avoir la Lecture... Car peut-être ces piézomètres eux-seuls
détiennent-ils la Vérité et pourraient nous faire savoir quel est le degré réel de dangerosité des lieux...
Le jour où cette photo a été prise, un joli jus noirâtre, une sorte de Sérum de Vérité, coulait de la base du PZ4, ruisselant, en de tortueux méandres, jusqu'au tranquille cours d'eau en
contrebas...
En confier un jour un échantillon à un laboratoire indépendant pourrait être une idée à creuser... histoire, une bonne fois pour toutes, de bien se foutre la pétoche ou de se rassurer...
Par itshould
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