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Les rivages de l'Anthropocène

Publié le par itshould

Les rivages de l'AnthropocèneJe me souviens m'être assis -ce devait être il y a deux ans déjà- auprès de ce curieux rivage... bien avant d'avoir pris connaissance de cette notion d'Anthropocène, notamment au travers de l'ouvrage du grand glaciologue Claude Lorius, Voyage dans l'Anthropocène... Je me souviens être resté là, comme hypnotisé par le spectacle des vaguelettes formées par une brise de printemps venant s'échouer sur cette étrange plage, amalgame mi-naturel, mi-industriel, de vase, de crasse grise et de cendre mouillée et de fragments de métal... une sorte de Ground Zero, le niveau 0 du sol, un sol qui n'est plus de la terre, un sol qui semble déjà ne plus être de la Terre... je me souviens avoir médité ici un moment, près de ce lac né des eaux de ruissellement de ce site pollué, cherchant la formulation la plus fidèle des pensées brutes qui me vinrent alors à l'esprit: "Vous accédez ici à un Nouveau Monde, vous entrez dans une nouvelle Ere... C'est le croisement, l'interaction, de temps et de lieu, de l'Homme et de la Nature. C'est à la fois la Victoire et la Défaite de l'Homme...". Une sorte de perception spontanée, une vision sur le vif, de l'Anthropocène... ici, en ces lieux désertés...  L'Anthropocène, une notion quasi-clandestine, puisqu'officiellement nous sommes encore dans l'Holocène, une ère géologique qui débuta il y a environ 10.000 ans. L'Anthropocène, une ère géologique nouvelle (ou plutôt, pour être précis, une Epoque géologique) dans laquelle l'Homme, il y a à peine plus de deux cents ans, a fait entrer notre planète, en amorçant la première révolution industrielle... Nous saurons en août 2012 si la société internationale de stratigraphie, après avoir statué, officialisera -ou pas- cette nouvelle Ere... Ce sera une décision essentielle par laquelle on reconnaîtra (ça nous fera une belle jambe, pensez-vous peut-être...) que l'Homme constitue une force géophysique à part entière... en capacité, tout comme les tremblements de terre, les séismes, les volcans, de bouleverser les grands équilibres de la Terre et notamment, de lui imprimer une nouvelle trajectoire climatique...

Alors... que je vous livre le fond de mes pensées de ce jour où je me suis assis auprès de ces rivages de l'Anthropocène: jamais, je crois, je n'avais vu un tel amalgame, comme mutuellement consenti, de naturel et d'artificiel, les deux s'absorbant pour former un étrange hybride... c'était repoussant mais aussi magnifique et captivant d'une certaine manière... c'était comme une ligne de partage entre le passé et l'avenir, c'était comme un point d'hésitation entre mélancolie et espoir... c'était comme une fenêtre ouverte sur une possibilité de monde de demain, c'était un peu comme une sensation de bonheur et de quiétude qu'on sait vivre pour la dernière fois et qu'on sent déjà s'évanouir... c'était un peu comme un film, tellement beau, mais qui se finit tellement mal que l'on en pleure à la fin des sortes de larmes de désespoir ébloui...

 

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